Zidane lui a immédiatement donné les clés
Le début de l’ère Zinédine Zidane aurait difficilement pu envoyer un signal plus fort à Ousmane Dembélé. Dès son premier rassemblement comme sélectionneur, Zidane a replacé le Parisien dans l’axe de l’attaque, là où Luis Enrique a construit la meilleure version de sa carrière au PSG. Contre la Turquie, Kylian Mbappé a été installé côté gauche et Dembélé a occupé la pointe du 4-3-3. Ce choix n’avait rien d’anodin : pour son premier grand arbitrage offensif avec les Bleus, Zidane a préféré adapter Mbappé plutôt que demander à Dembélé de retourner sur un côté.
Le sélectionneur lui a également offert un nouveau statut dans le vestiaire. Derrière Mbappé, Dembélé fait partie des trois vice-capitaines choisis par Zidane avec Adrien Rabiot et Jules Koundé. La logique retenue est celle de l’expérience internationale. Lorsque Mbappé s’est blessé en Turquie et a quitté le rassemblement, Dembélé est devenu le premier relais naturel du capitaine. Il a récupéré le brassard en cours de match, puis l’a porté au coup d’envoi contre l’Italie pour sa 70e sélection.
Position, responsabilités, confiance publique : presque toutes les conditions semblent donc réunies pour permettre au meilleur Dembélé d’exister enfin durablement avec l’équipe de France.
Le numéro 9 du PSG n’est pas encore apparu en Bleu
C’est précisément pour cela que le contraste devient visible. Au PSG, Dembélé a trouvé dans l’axe un rôle qui a complètement transformé son influence. Il décroche, presse, permute, attaque la surface et participe à la création comme un faux neuf capable de terminer les actions. Même cette saison, malgré un démarrage perturbé par quelques pépins physiques et une gestion de son temps de jeu, sa première titularisation en Ligue des champions s’est soldée par deux buts et deux passes décisives contre le Slovan Bratislava.
Avec la France, Zidane a essayé de transposer une partie de cette logique. Dembélé lui-même l’a reconnu après la victoire en Turquie : jouer dans l’axe n’est plus nouveau pour lui puisqu’il évolue ainsi toute la saison avec Paris. Pourtant, le rendement n’a pas suivi.
Face à la Turquie, il a participé au travail collectif et au pressing mais n’a été ni buteur ni passeur. À Bruxelles, Zidane a profondément fait tourner son équipe et Dembélé n’est entré qu’à la 68e minute, sans être décisif. Contre l’Italie, il a retrouvé une place de titulaire, le brassard et l’axe de l’attaque. C’était probablement le contexte idéal pour prendre davantage de pouvoir. La France a pourtant été tenue en échec 1-1 et Dembélé a encore quitté le terrain sans but ni passe décisive.
Sous Zidane, le compteur reste donc à zéro.
Le match contre l’Italie a renforcé le débat
C’est surtout la prestation face à l’Italie qui a fait monter les interrogations. Dembélé était capitaine au coup d’envoi, aligné dans sa zone préférée et placé au cœur d’une attaque à laquelle Zidane offre beaucoup de liberté. Mais le Parisien a eu du mal à peser sur la rencontre.
Il a eu une occasion au retour des vestiaires, repoussée par Gianluigi Donnarumma, mais son influence globale est restée faible. Plusieurs médias français ont souligné ses mauvais choix, quelques transmissions manquées et une difficulté persistante à transformer ses déplacements en situations réellement dangereuses. Michael Olise a finalement marqué le seul but français sur coup franc, pendant que Dembélé restait encore sans contribution décisive.
La comparaison statistique est devenue particulièrement brutale : après cette rencontre, Olise totalisait autant de contributions décisives avec les Bleus en 28 sélections que Dembélé en 70. Ce type de chiffre ne raconte évidemment pas tout d’une carrière internationale, mais il résume le problème qui accompagne Dembélé depuis plusieurs années. Son talent n’a jamais été contesté. Sa capacité à reproduire en sélection l’influence qu’il possède en club, beaucoup plus.
Pourtant, Zidane refuse de le lâcher
Le plus intéressant est peut-être la réaction du sélectionneur. Là où une prestation aussi neutre aurait pu entraîner un changement de statut, Zidane a publiquement défendu son attaquant. Il a expliqué n’avoir « rien à reprocher » à Dembélé et a insisté sur le fait qu’il l’avait trouvé bon dans son rôle.
Avant même le match contre l’Italie, Zidane avait également justifié son utilisation en numéro 9 avec une phrase révélatrice : il n’avait, selon lui, « rien inventé ». Autrement dit, le sélectionneur considère que le poste qui a permis à Dembélé de devenir Ballon d’Or au PSG constitue aussi la meilleure manière de l’utiliser en équipe de France.
Bixente Lizarazu défend la même logique. Malgré le manque d’efficacité, l’ancien international français insiste sur son pressing, son activité sans ballon et sa capacité à entraîner le bloc vers l’avant. Pour lui, il faut continuer avec Dembélé dans l’axe plutôt que renoncer après quelques matchs.
Cette confiance peut être interprétée comme une chance supplémentaire. Elle crée aussi une exigence nouvelle : à force d’obtenir le contexte qu’il réclamait implicitement depuis plusieurs années, Dembélé ne pourra plus expliquer son rendement international uniquement par son positionnement.
Le brassard pose une autre question : celle du leadership
L’absence de Mbappé a offert à Dembélé quelque chose qu’il avait rarement connu avec les Bleus : la possibilité d’occuper le centre symbolique de l’équipe.
Jusqu’ici, son leadership s’exprimait surtout à travers le jeu et sa personnalité dans le vestiaire. Zidane le décrit comme un joueur apprécié, expérimenté, toujours disponible pour les autres. Mais le brassard ajoute une autre dimension. Lorsqu’une équipe perd son capitaine principal, elle cherche naturellement d’autres joueurs capables d’assumer davantage dans les moments difficiles.
Contre l’Italie, Dembélé n’a pas vraiment réussi à donner cette impression sur le terrain. Il n’a pas été le joueur vers lequel les Bleus se tournaient lorsque le match se compliquait. Il n’a pas non plus produit l’action décisive qui aurait transformé une prestation moyenne en soirée de capitaine.
Cela ne signifie pas qu’il soit incapable d’être un leader. Le leadership ne se réduit ni aux buts ni aux gestes démonstratifs. Mais son nouveau statut augmente mécaniquement les attentes. Un vice-capitaine de 29 ans, Ballon d’Or en titre, double champion d’Europe avec son club et fort de près de 70 sélections n’est plus évalué comme un simple élément offensif.
L’absence de Mbappé devait être son moment
C’est probablement ce qui rend ce rassemblement si important. La blessure de Mbappé contre la Turquie a soudainement supprimé le principal point de fixation offensif et médiatique de l’équipe de France. Pour Dembélé, l’occasion était immense : prendre le brassard, devenir l’attaquant le plus expérimenté du groupe et démontrer que les Bleus pouvaient aussi s’organiser autour de lui.
Pour l’instant, ce passage de témoin temporaire n’a pas produit le changement attendu.
À Bruxelles, où Zidane avait choisi de faire tourner, c’est Désiré Doué qui a été le joueur offensif français le plus dangereux avant que Michael Olise n’inscrive le but de la victoire en fin de rencontre. Face à l’Italie, Olise a encore été celui qui a débloqué le match. Dembélé, lui, est resté dans un rôle davantage fonctionnel que décisif.
Le problème n’est donc pas uniquement l’absence de buts. C’est l’impression qu’en l’absence de Mbappé, le pouvoir offensif s’est déplacé vers d’autres joueurs sans réellement passer par le nouveau capitaine.
France–Belgique devient un test particulièrement intéressant
Ce lundi soir, la France retrouve la Belgique au Stade de France pour le quatrième et dernier match de cette longue trêve internationale. Les Bleus avaient gagné 1-0 à Bruxelles une semaine plus tôt grâce à Michael Olise. Zidane devrait cette fois revenir vers une équipe moins remaniée.
Pour Dembélé, cette rencontre représente une occasion presque parfaite. Il connaît désormais le rôle que Zidane veut lui donner. Il dispose de la confiance publique du sélectionneur. Mbappé est toujours absent. Et le rassemblement touche à sa fin.
Il ne s’agit évidemment pas d’un ultimatum. Zidane a été suffisamment clair pour comprendre qu’il ne compte pas abandonner son idée après trois rencontres. Mais une performance décisive contre la Belgique changerait immédiatement la perception du rassemblement de Dembélé. Un but ou une passe décisive donnerait enfin une traduction concrète à tout ce que son sélectionneur essaie de construire autour de lui.
À l’inverse, une quatrième apparition sans impact statistique prolongerait un débat beaucoup plus ancien que l’arrivée de Zidane.
Le problème Dembélé chez les Bleus ne date pas de Zidane
C’est aussi la limite de toute analyse centrée uniquement sur le nouveau sélectionneur. Les difficultés internationales de Dembélé existaient bien avant septembre 2026.
Avant la Coupe du monde, il ne comptait que sept buts en 58 sélections. Même après un Mondial 2026 beaucoup plus productif, terminé avec six buts et deux passes décisives, son bilan général en équipe de France reste très éloigné de celui qu’il affiche en club depuis sa transformation parisienne.
C’est ce décalage que Zidane essaie aujourd’hui de résoudre. Il ne demande plus à Dembélé de rester collé au côté droit comme lors de certaines périodes précédentes. Il le rapproche du but, lui offre des libertés similaires à celles du PSG et l’intègre directement dans la hiérarchie des cadres.
La responsabilité du système diminue donc. Celle du joueur augmente.
La confiance de Zidane doit maintenant devenir des actes
Ousmane Dembélé a déjà gagné beaucoup de choses que les joueurs cherchent habituellement en sélection : la confiance de son entraîneur, une place claire dans le système, un statut de cadre et désormais le brassard lorsque le capitaine principal est absent.
Il lui manque encore la chose la plus visible : l’impact.
Le paradoxe est immense. Avec Paris, Dembélé peut transformer un match de Ligue des champions en une heure, comme lorsqu’il a inscrit deux buts et offert deux passes face au Slovan. Avec les Bleus de Zidane, il possède le même poste mais pas encore la même influence.
Ce n’est pas nécessairement inquiétant après seulement trois matchs dans un nouveau cycle. Mais ce n’est plus non plus une question que l’on peut écarter par le seul argument du positionnement.
Zidane a placé Dembélé au centre du jeu. Il lui a donné le numéro 9 tactique, le statut de vice-capitaine et, en l’absence de Mbappé, le brassard. Le sélectionneur a déjà accompli sa part du pari.
Face à la Belgique, Dembélé dispose maintenant d’une nouvelle occasion de montrer que le joueur que Zidane cherche existe aussi sous le maillot bleu.
