Le dernier titre commence déjà à s’éloigner
En mai 2024, le Real Madrid remportait sa 36e Liga avec quatre journées d’avance et confirmait une saison de domination presque totale en Espagne. À ce moment-là, imaginer que le club madrilène pourrait passer les trois saisons suivantes sans reprendre le championnat aurait semblé excessif. Deux ans plus tard, la perspective existe pourtant réellement.
Le FC Barcelone a remporté la Liga 2024-2025, puis a conservé son titre en 2025-2026 avec 94 points. Le Real a donc déjà terminé deux saisons consécutives sans remporter le championnat. Et le début de l’exercice 2026-2027 ne lui offre pour l’instant aucune marge de confort : après sept journées, Madrid compte 15 points, occupe la quatrième place et accuse déjà six longueurs de retard sur un Barça qui a gagné ses sept premiers matchs.
Pour un club comme le Real, deux années sans Liga sont déjà une anomalie relative. Une troisième commencerait à ressembler à une tendance.
Deux défaites qui coûtent déjà très cher
Le bilan madrilène n’est pas catastrophique. Cinq victoires en sept journées, 18 buts marqués et 8 encaissés restent des chiffres compatibles avec une équipe ambitieuse. Mais dans une course au titre contre un adversaire qui ne laisse presque aucun point en route, le problème n’est pas la quantité absolue de points perdus : c’est le moment où ils sont perdus.
Le Real s’est déjà incliné deux fois cette saison. Une première défaite 1-0 sur le terrain du Betis, puis une deuxième 2-1 face à l’Atlético de Madrid. Deux déplacements, deux revers, six points abandonnés. Pendant ce temps, Barcelone a continué à gagner.
C’est là que la pression devient immédiate. Madrid n’est pas seulement derrière le Barça ; il est aussi devancé par l’Atlético et le Betis. Le classement est encore très serré derrière le leader, mais le Real n’a déjà plus la liberté de multiplier les faux pas. Chaque match nul ou défaite supplémentaire risque désormais d’élargir un écart que Barcelone n’a pour l’instant donné aucun signe de vouloir réduire.
Le problème n’est pas seulement Barcelone
La tentation serait de résumer la situation au duel entre le Real et le Barça. Ce serait incomplet. Le Real doit d’abord retrouver une régularité suffisante pour reprendre le contrôle de sa propre saison.
Le club madrilène a montré qu’il pouvait produire des séquences offensives fortes : quatre buts contre Málaga, quatre contre la Real Sociedad, quatre contre le Rayo Vallecano. Mais la capacité à dominer certains adversaires ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée de résultats dans les matchs les plus exigeants. Le titre se gagne aussi dans les déplacements inconfortables, dans les rencontres fermées et dans les journées où l’équipe joue moins bien.
C’est précisément ce qui a différencié les champions récents. Le Barça a gagné la Liga 2024-2025 grâce à une deuxième partie de saison extrêmement régulière. En 2025-2026, il a encore élevé son total jusqu’à 94 points. Pour reprendre le titre, Madrid devra retrouver ce niveau de constance sur neuf mois, pas simplement produire des performances spectaculaires par intermittence.
Trois saisons sans Liga changeraient la lecture du cycle madrilène
Le Real Madrid peut évidemment compenser une saison sans championnat par des performances en Ligue des champions ou dans les autres compétitions. Son histoire récente l’a souvent démontré. Mais la Liga reste un indicateur particulier : elle mesure la régularité sur 38 journées.
Ne pas la gagner une saison peut tenir à quelques détails. Deux saisons consécutives commencent à poser une question. Trois saisons formeraient une séquence beaucoup plus difficile à banaliser.
D’autant que Madrid reste historiquement la référence du championnat espagnol. Avec 36 titres, aucun club n’a été sacré autant de fois. Voir le Real rester éloigné du trophée pendant trois exercices complets créerait donc un contraste fort entre sa puissance historique et sa capacité récente à dominer la compétition nationale.
Ce scénario ne remettrait évidemment pas en cause la stature du club. Mais il ouvrirait une vraie discussion sur sa capacité à imposer un cycle de domination en Liga face à un Barça redevenu extrêmement constant.
Octobre peut déjà devenir un tournant
Le calendrier madrilène va rapidement imposer une première réponse. Après la trêve, le Real recevra Villarreal le 10 octobre puis Séville le 18, avec deux matchs de Ligue des champions intercalés face à la Roma et Leipzig. Ensuite viendra le déplacement au Camp Nou, le 25 octobre.
Ce Clásico arrive très tôt dans la saison, mais son importance pourrait être considérable. Si l’écart actuel de six points se maintient jusque-là, une défaite madrilène en Catalogne placerait déjà le Real à neuf longueurs du Barça après seulement dix journées. À l’inverse, une victoire au Camp Nou pourrait effacer une grande partie du mauvais départ et relancer complètement la course.
Madrid possède donc encore une possibilité claire de reprendre le contrôle de son histoire immédiate. Mais il n’a plus beaucoup de temps pour attendre.
Une question de standard, pas de panique
Il serait absurde de parler de crise définitive après sept journées. Le Real possède encore une saison presque entière pour revenir. Mais l’analyse change lorsque l’on regarde la trajectoire sur trois ans plutôt que le seul classement actuel.
Champion en 2024, deuxième derrière Barcelone en 2025, encore privé de Liga en 2026, Madrid commence la saison 2026-2027 derrière le même adversaire. La possibilité d’un troisième exercice consécutif sans titre national devient donc un vrai enjeu de saison.
Pour beaucoup de clubs, trois années sans championnat seraient une période normale. Pour le Real Madrid, elles représenteraient autre chose : la preuve qu’en Espagne, malgré toute sa puissance, il n’arrive plus à imposer durablement sa loi.
C’est probablement cela qui rend cette saison si importante. Le Real ne joue pas seulement pour gagner une Liga supplémentaire. Il joue aussi pour empêcher qu’un simple passage à vide ne devienne un cycle.
